19ème siècle, Oeuvres, Roman · juin 15, 2026

Nana d’Émile Zola — résumé, analyse et thèmes

Nana de Zola sur scène au Théâtre des Variétés, illustration dramatique style gravure XIXe siècle

Le Déca Littéraire · Romans · Cycle des Rougon-Macquart

NANA d’Émile Zola — résumé, analyse et thèmes

« La mouche d’or, venue du fumier, envolée du fumier —
empoisonnant les hommes rien qu’à se poser sur eux. »
Naturalisme · IXᵉ roman · Rougon-Macquart
Titre
Nana
Auteur
Émile Zola (1840–1902)
Rédaction
1878–1879 (notes dès 1876)
Publication
15 février 1880
Feuilleton oct. 1879 – fév. 1880
Éditeur
Charpentier, Paris
Genre
Roman naturaliste
Naturalisme
Structure
485 pages · 14 chapitres
Narrateur
3ᵉ personne · style indirect libre
Cadre
Paris · Second Empire (1860–1870)
Courant
Naturalisme · Réalisme social
Langue
Français
Place dans le cycle
9ᵉ roman des Rougon-Macquart

Paris, Second Empire — luxe, vice et décadence

Contexte historique et social

Nana paraît en 1880, une décennie après la défaite de la France face à la Prusse (1870) et la chute du Second Empire. Zola situe cependant son roman dans les années 1860–1870, au cœur de l’empire de Napoléon III, époque de faste ostentatoire, de corruption généralisée et d’hypocrisie bourgeoise. Paris est alors le théâtre d’une modernisation brutale sous Haussmann : grands boulevards, cafés, théâtres, maisons closes — un décor de luxe et de vice que Zola dissèque avec une précision clinique.

La prostitution est une réalité sociale massive dans le Paris du XIXᵉ siècle : on estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de femmes qui en vivent, des lorettes aux grandes cocottes entretenues par les aristocrates. Nana met en scène l’échelon supérieur de cette hiérarchie — la grande courtisane — dont la puissance économique et symbolique rivalise avec celle des grandes dames de la bourgeoisie.

La publication de Nana est un événement éditorial majeur : 55 000 exemplaires vendus le jour de la sortie, chiffre inédit pour l’époque. Zola est alors au sommet de sa gloire et au centre des polémiques morales que son naturalisme déchaîne.

Contexte biographique

Émile Zola a 40 ans lors de la publication de Nana. Né dans la pauvreté à Paris d’un père ingénieur d’origine italienne mort jeune, il a connu la misère et le déclassement social avant de s’imposer comme le chef de file du mouvement naturaliste. Pour préparer le roman, Zola mène une enquête documentaire méticuleuse : il visite des maisons de tolérance, consulte des médecins, étudie le monde des coulisses théâtrales et des courses hippiques. Il remplit des carnets de notes préparatoires d’une précision quasi ethnographique, aujourd’hui conservés à la BNF.

Genèse de l’œuvre

Dès 1868–1869, lorsque Zola élabore le plan général du cycle des Rougon-Macquart, le personnage de Nana est esquissé : elle sera la fille de Gervaise Macquart (L’Assommoir, 1877) et héritera de la « fêlure héréditaire » — la dégénérescence par l’alcool et la débauche transmise de génération en génération.

« Nana devient un mythe, le symbole de la force de la femme, du sexe féminin se vengeant sur la société. »

— Zola, Ébauche de Nana, août 1878

Conditions de publication et accueil initial

La prépublication en feuilleton dans Le Voltaire (octobre 1879 – février 1880) crée un engouement considérable et une polémique tout aussi vive. La sortie en volume le 15 février 1880 est précédée d’une campagne publicitaire savamment orchestrée par l’éditeur Charpentier.

  • 55 000 exemplaires vendus le jour de la publication — record absolu en France en 1880
  • La presse conservatrice et catholique dénonce une œuvre obscène et dégradante
  • Les milieux littéraires sont partagés : Flaubert admire, les Goncourt jalousent, Barbey d’Aurevilly attaque
  • À l’étranger, le roman est immédiatement traduit et censuré dans plusieurs pays

Place dans le cycle des Rougon-Macquart

Nana est le neuvième roman du cycle des Rougon-Macquart, sous-titré « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire ». Il s’inscrit dans une logique générationnelle : après L’Assommoir (Gervaise broyée par l’alcoolisme), Nana trace la trajectoire de sa fille — de la scène à la débauche. Avec L’Assommoir et Germinal, il forme la trilogie des grandes victimes de la société dans le cycle de Zola.

L’ascension et la chute de la Mouche d’or

Anna Coupeau, dite Nana, fille de l’ouvrière Gervaise et du forgeron Coupeau, grandit dans la misère du quartier populaire parisien. À dix-huit ans, sa beauté éclatante et son impudeur naturelle font scandale et sensation sur la scène du Théâtre des Variétés. Sans véritable talent dramatique mais dotée d’une sensualité dévastatrice, elle devient la courtisane la plus adulée de Paris, ruinant successivement aristocrates, banquiers et hommes de pouvoir. Après une ascension vertigineuse dans les fastes du Second Empire, elle meurt seule, défigurée par la variole, tandis que dans la rue la foule crie « À Berlin ! » — l’Empire s’effondre avec elle.

Résumé détaillé

Chapitres 1–2 — L’irruption de Nana

Le roman s’ouvre sur la grande salle du Théâtre des Variétés, noire de monde. On attend La Blonde Vénus, dont la vedette est une inconnue : Nana Coupeau. Elle arrive sur scène, voix médiocre, diction approximative — mais lorsqu’elle entonne son couplet avec une insolence naïve et que sa robe laisse deviner son corps, la salle est subjuguée. Fauchery, critique, et Mignon, régisseur, observent l’effet qu’elle produit sur l’aristocrate comte Muffat et sa suite. Nana règne sans effort.

Chapitres 3–7 — L’installation dans le luxe

Nana reçoit dans sa loge puis dans son appartement du boulevard Haussmann. Autour d’elle gravitent des prétendants : le vieux Steiner, banquier, qui lui paye un hôtel ; le comte Muffat, catholique dévot et marié, qui résiste mais brûle ; le jeune Georges Hugon, dix-sept ans, qui l’adore éperdument. Zola brosse le tableau de la vie de Nana : ses journées oisives, ses amies du théâtre (Satin, la prostituée lesbienne devenue sa compagne de débauche), ses toilettes insensées, son rapport à l’argent qu’elle dépense sans compter et exige sans vergogne. Elle s’installe dans une somptueuse maison entièrement financée par Steiner, qu’elle ruinera.

Chapitres 8–10 — La destruction des hommes

La toute-puissance de Nana s’affirme. Le comte Muffat cède enfin : il lui livre son âme, son honneur et sa fortune. Sa femme la comtesse Sabine, libérée par cet exemple, prend elle aussi des amants — Nana a déréglé l’ordre bourgeois par ricochet. Le jeune Georges Hugon, fou de jalousie, se poignarde avec des ciseaux dans la chambre de Nana — elle le retrouve baignant dans son sang et appelle froidement du secours.

Chapitres 11–12 — L’apogée

Nana est à l’apogée. Elle fait courir son cheval Nana à Longchamp dans une scène de liesse collective : toute la haute société, le Tout-Paris, est là, et lorsque son cheval gagne, la foule crie son nom — une femme du peuple, ancienne gamine des rues, qui a conquis l’aristocratie. Mais la ruine approche : elle dépense tout, s’ennuie de tout, détruit par désœuvrement.

Chapitres 13–14 — La chute et la mort

Le comte Muffat, ruiné, humilié, surprend Nana au lit avec son propre beau-père le marquis de Chouard. C’est le dernier acte de la dévastation. Nana disparaît de Paris — on apprend qu’elle est partie pour l’Orient, qu’elle a vécu mille aventures. Elle revient lors de la déclaration de guerre franco-prussienne de 1870 pour soigner son fils Louiset, mourant de la variole. Elle le perd, attrape elle-même la maladie. Dans une chambre du Grand Hôtel, seule, son corps ravagé, son visage fondu par la variole, elle agonise. Dans la rue en bas, la foule hurle « À Berlin ! »

Incipit et excipit

✍️ Incipit

« À neuf heures, la salle du théâtre des Variétés était encore vide. Dans les galeries supérieures, quelques personnes attendaient ; dans les fauteuils d’orchestre et les premières loges, on ne voyait encore que de rares spectateurs, perdus parmi les velours rouge des sièges, dans le grand éclat du lustre. »

L’ouverture sur le théâtre vide est emblématique : avant même l’apparition de Nana, c’est le public — la société — qui est convoqué. Le roman commence par un regard collectif en attente.

✍️ Excipit

« Vénus se décomposait. Il semblait que le virus pris par elle dans les ruisseaux, sur les charognes tolérées, ce ferment dont elle avait empoisonné un peuple, venait de lui remonter au visage et l’avait pourri. […] la bouche ouverte et figée dans la grimace d’un masque horrible, la rue, en bas, crachait son rire vainqueur : « À Berlin ! À Berlin ! À Berlin ! » »

La mise en parallèle de la décomposition du corps de Nana et de la déroute de l’Empire est la métaphore finale du roman : la chair et la société pourrissent ensemble.

L’araignée et sa toile

Le schéma relationnel de Nana est celui d’une araignée au centre d’une toile : tous les hommes gravitent vers elle, s’y consument et en repartent détruits. La structure répétitive — un homme arrive, s’embrase, est ruiné, disparaît — est volontaire : elle illustre la thèse naturaliste de la fatalité.

Personnages principaux

Nana (Anna Coupeau)
Protagoniste

Fille de Gervaise et Coupeau de L’Assommoir. Elle incarne pour Zola la force élémentaire du sexe féminin se retournant contre la société qui l’a produite. Elle n’est pas une séductrice calculatrice : capricieuse, généreuse, paresseuse, cruelle par insouciance plutôt que par malice. Elle détruit par nature, comme un phénomène naturel. Zola la décrit comme « la mouche d’or, venue du fumier ».

Le comte Muffat de Beuville
Chambellan de l’Impératrice

Catholique fervent, mari exemplaire. Sa passion pour Nana illustre le thème central du roman : la déchéance de l’homme social et moral sous l’empire de la chair. Sa trajectoire est celle d’une descente aux enfers consentie, étape par étape, jusqu’à la ruine totale.

Personnages secondaires

Satin
Amie intime de Nana

Prostituée des rues devenue la compagne de débauche de Nana. Représente la solidarité du bas peuple et la vérité crue d’un monde sans fards.

Steiner
Banquier, premier protecteur

Premier grand protecteur de Nana, qu’elle ruinera complètement. Personnage portant les stéréotypes antisémites de l’époque que Zola reproduit sans toujours les critiquer.

Georges Hugon
Amant romantique et suicidaire

Lycéen de 17 ans. Sa passion pour Nana illustre la destruction des jeunes générations : fou de jalousie, il se poignarde avec des ciseaux dans sa chambre.

Philippe Hugon
Frère de Georges, officier

Officier sérieux qui finira lui aussi ruiné et emprisonné pour avoir détourné de l’argent au profit de Nana.

Fauchery
Journaliste critique

Journaliste cynique et observateur du demi-monde. Il écrit sur Nana l’article « La Mouche d’or » — qui résume la thèse du roman.

Louiset
Fils de Nana

Enfant maladif et négligé qui mourra de la variole avant sa mère — symbole de la transmission du malheur héréditaire dans le cycle des Rougon-Macquart.

La vengeance du peuple par le corps

Thèmes majeurs

Vengeance sociale Hérédité & déterminisme Corruption du Second Empire Marchandisation des corps Théâtre comme métaphore Mort comme clôture naturaliste

1. La vengeance du peuple par le corps

Thème central. Nana est, selon la formule de Zola dans son ébauche, « le sexe, rien que le sexe, l’odeur du sexe féminin, se venge ». Fille du prolétariat, elle monte dans la bourgeoisie non par intelligence ou travail mais par son corps, et elle dévaste tout ce qu’elle touche. C’est une lecture politique : la chair du peuple, trop longtemps méprisée, se retourne contre ses maîtres.

2. L’hérédité et le déterminisme naturaliste

Nana est prisonnière de son héritage génétique — la fêlure héréditaire des Macquart : alcoolisme, débauche, violence. Zola applique les théories de l’hérédité de Prosper Lucas et de la dégénérescence de Bénédict Morel : Nana ne choisit pas sa vie, elle la subit comme conséquence d’une transmission biologique et sociale.

3. La corruption du Second Empire

Le roman est une critique implacable du régime de Napoléon III, symbolisé par la fête impériale, le luxe ostentatoire et la corruption morale. Nana est l’image de cet Empire : brillant en surface, pourri en dessous. La chute de l’un annonce la chute de l’autre.

4. La marchandisation des corps

Dans le Paris du Second Empire, le corps féminin est une marchandise. Zola montre la logique économique brutale qui régit les relations entre hommes riches et femmes pauvres : les cocottes ne sont que des figures du marché capitaliste.

5. Le théâtre comme métaphore

Toute la vie de Nana est une performance. Le roman s’ouvre et se referme sur des scènes de spectacle. La société du Second Empire est elle-même un théâtre : chacun joue un rôle, porte un masque, et Nana — en étant authentiquement elle-même — révèle l’inauthenticité de tous les autres.

Analyse stylistique

Le style de Nana est caractéristique du naturalisme zolien : phrases longues et rythmées, usage massif du style indirect libre (les pensées des personnages fondues dans la narration sans guillemets), accumulations descriptives donnant l’impression d’une réalité envahissante et oppressante.

Zola utilise abondamment les métaphores animales : Nana est une mouche, une chatte, une lionne — sa sensualité est celle d’une bête, non d’une femme civilisée. Cette animalisation est à double tranchant : elle réifie le personnage féminin tout en lui conférant une puissance primitive que la société ne peut pas domestiquer.

  • Accumulation descriptive : la scène des loges du Théâtre des Variétés — inventaire exhaustif des odeurs, des toilettes, des corps
  • Métaphore filée : « la mouche d’or », qui traverse tout le roman comme un leitmotiv
  • Style indirect libre : « Elle était vraiment trop bête, ces hommes l’ennuyaient, elle aurait voulu être seule. »
  • Contraste sublime/abjection : alternance entre les fastes de l’hôtel particulier et la réalité sordide des origines

Symbolique et motifs récurrents

  • La mouche d’or : insecte né du fumier, brillant et mortel — métaphore centrale formulée par Fauchery dans son article
  • Le théâtre : lieu de la fiction sociale, espace de la performance identitaire
  • Le cheval Nana à Longchamp : apogée symbolique — une femme du peuple fait courir un cheval portant son nom devant toute l’aristocratie parisienne
  • Le miroir : Nana se contemple nue devant son miroir dans une scène célèbre — elle est à la fois objet et sujet du désir
  • La variole : destruction du visage (masque social) par une maladie populaire — la nature reprend ce que la société avait façonné
  • « À Berlin ! » : le cri de la foule clôt le roman — l’Empire se précipite vers la guerre et la défaite comme Nana vers la mort

Portée philosophique et sociale

Nana est l’application la plus accomplie du programme naturaliste tel que Zola l’a théorisé dans Le Roman expérimental (1880, paru la même année). Le romancier se fait expérimentateur : il place un personnage déterminé par son hérédité et son milieu dans un environnement social et observe les résultats. La conclusion est implacable : la société capitaliste et aristocratique du Second Empire produit la Nana qu’elle condamne ensuite.

La critique féministe contemporaine note l’ambivalence du roman : Zola dénonce l’exploitation des femmes pauvres tout en construisant un personnage féminin fondé sur la fascination et la peur du corps féminin. Nana est à la fois victime et monstre, émancipée et instrumentalisée.

Interprétations et lectures critiques

  • Henry James (1880) : déplore l’obscénité mais reconnaît la puissance du roman
  • Guy de Maupassant (1880) : enthousiaste, salue la force documentaire
  • Georg Lukács (XXᵉ s.) : critique le naturalisme zolien comme « description » sans dialectique historique
  • Jean Borie, Zola et les mythes (1971) : analyse la mythologie misogyne sous-jacente — Nana comme figure de la femme fatale
  • Chantal Bertrand-Jennings : lecture féministe des Rougon-Macquart, ambivalence de Zola face aux personnages féminins
  • Sandy Petrey : lecture politique — Nana comme allégorie de la République corrompue et de l’Empire décadent

Comparaisons avec d’autres œuvres

  • Manon Lescaut — Abbé Prévost (1731) : même figure de la femme qui détruit les hommes, mais Manon est calculatrice là où Nana est instinctive
  • La Dame aux camélias — Dumas fils (1848) : la courtisane romanesque qui s’efface — Nana refuse cette mort romanesque
  • Madame Bovary — Flaubert (1857) : même peinture de la société bourgeoise, mais Emma aspire à s’élever là où Nana dévaste
  • Boule de Suif — Maupassant (1880) : même année, même regard sur la femme du peuple méprisée par la bourgeoisie

Elle était la mouche d’or, venue du fumier, une mouche qui prenait la mort sur les charognes tolérées le long des routes et qui, bourdonnante, dansante, jetant un éclat de pierrerie, empoisonnait les hommes rien qu’à se poser sur eux.

— Fauchery décrivant Nana dans son article (chapitre 5)

Scandale, triomphe et héritage

Critique de l’époque vs regard contemporain

En 1880, Nana est un scandale et un triomphe simultanés. La presse catholique et conservatrice (Barbey d’Aurevilly, Louis Veuillot) dénonce une œuvre pornographique ; les républicains et les naturalistes saluent la liberté du regard zolien. Le roman devient immédiatement un best-seller européen, traduit en anglais, en allemand, en russe, en italien dès 1880–1881.

Aujourd’hui, Nana est lu à la fois comme chef-d’œuvre du naturalisme et comme document ambigu sur la représentation des femmes au XIXᵉ siècle. Les lectures postcoloniales et féministes enrichissent et compliquent une réception longtemps exclusivement littéraire. En 1999, Le Monde classe l’œuvre de Zola parmi les grandes références du XIXᵉ siècle.

Adaptations cinématographiques

Nana — Jean Renoir (1926)
Adaptation muette avec Catherine Hessling dans le rôle titre. Œuvre maîtresse du cinéma muet français, considérée supérieure dans sa maîtrise formelle au roman selon certains critiques de cinéma.
Nana — Dorothy Arzner (1934)
Version hollywoodienne avec Anna Sten, produite par Samuel Goldwyn.
Nana — Christian-Jaque (1955)
Avec Martine Carol. Grand succès public en France.
Nana — Dan Wolman (1983)
Adaptation israélienne du roman. Ainsi que plusieurs téléfilms européens aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, et des adaptations graphiques en France et au Japon (manga).

Citations célèbres

« C’était le sexe, rien que le sexe, qui se vengeait sur elle et sur tout ce qu’elle touchait. »

— Thèse centrale du roman

« Vénus se décomposait. »

— Excipit, dernière image de Nana mourante

« À Berlin ! À Berlin ! À Berlin ! »

— Derniers mots du roman, le cri de la foule dans la rue

Ce que vous ne saviez peut-être pas

Zola a calculé avec précision le coût de la toilette de Nana : ses robes, bijoux et dépenses sont documentés à partir de factures réelles de la haute couture parisienne de l’époque.

Le cheval Nana qui gagne la course à Longchamp existait réellement : Zola s’est inspiré d’un vrai cheval de course qui portait ce nom dans les années 1870.

Zola a hésité à prénommer son héroïne Vénus ou Nana. Il a choisi le surnom populaire pour ancrer le personnage dans son milieu d’origine, le peuple parisien.

La scène du miroir — Nana nue contemplant son propre corps — est l’une des premières scènes de nudité féminine assumée dans le roman français non pornographique. Elle a été abondamment commentée et censurée.

En Russie, Tolstoï considérait Nana comme « un livre honteux et inutile » — révélant autant sur ses propres limites que sur celles de Zola.

Le roman a été interdit dans plusieurs pays, notamment en Russie tsariste et en Angleterre victorienne. Dans son dossier préparatoire, Zola écrit : « Montrer la bête humaine, la femelle puissante qui tue sans le vouloir, avec son sexe rien que son sexe. »

Connaissez-vous Nana ?

Anna Coupeau. Nana est le surnom populaire qui l’ancre dans ses origines prolétariennes — jamais la hautaine Vénus, toujours l’enfant des rues.
Gervaise Macquart et Coupeau, les protagonistes de L’Assommoir (1877). Nana hérite de la « fêlure héréditaire » de la famille Macquart.
La Blonde Vénus, au Théâtre des Variétés. Une pièce médiocre — mais Nana devient une vedette par la seule force de son corps et de son impudeur naturelle.
Nana — le même nom que la protagoniste. Apogée symbolique du roman : une femme du peuple fait courir un cheval portant son nom devant toute l’aristocratie parisienne.
Le comte Muffat de Beuville, chambellan de l’Impératrice. Catholique fervent et mari exemplaire au début du roman, il finit ruiné, humilié et moralement détruit.
La variole — maladie populaire qui détruit son visage. Zola utilise cette mort comme métaphore : la beauté qui détruisait tout ne pouvait être anéantie que par la laideur absolue.
« La Mouche d’or » — dans lequel Fauchery décrit Nana comme un insecte brillant venu du fumier qui empoisonne tout ce qu’il touche. C’est la clé de lecture que Zola offre au lecteur à l’intérieur même du roman.
Question ouverte — c’est toute la richesse du roman. Pour Zola le naturaliste, elle est déterminée par son hérédité et son milieu : victime d’un système qui l’a produite. Mais sa puissance de destruction réelle en fait aussi un agent actif, même involontaire. La lecture féministe contemporaine insiste sur cette ambiguïté fondatrice.

Vocabulaire littéraire essentiel

Courant littéraire fondé par Zola, appliquant les méthodes des sciences naturelles au roman : observation documentaire, déterminisme héréditaire et social, refus de l’idéalisation.
Technique narrative fondant les pensées d’un personnage dans le discours du narrateur sans guillemets ni verbe introducteur. Zola en fait un usage massif dans Nana.
Cycle romanesque de 20 romans d’Émile Zola (1871–1893) retraçant l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. Nana est le 9ᵉ volume.
Concept zolien désignant la transmission héréditaire d’une prédisposition à la dégénérescence (alcoolisme, névrose, débauche) au sein de la famille Macquart.
Femme entretenue par des hommes riches, vivant dans le luxe en échange de faveurs. Au XIXᵉ siècle, les « grandes horizontales » forment une élite du demi-monde parisien, dont Nana représente l’échelon le plus élevé.
Métaphore centrale du roman : insecte brillant venu du fumier (le peuple pauvre), qui empoisonne sans le vouloir ce qu’il touche (la bourgeoisie et l’aristocratie).
Doctrine philosophique selon laquelle tout événement, y compris le comportement humain, est la conséquence nécessaire de causes antérieures (hérédité, milieu). Fondement philosophique du naturalisme zolien.

De la genèse à la postérité

1840
Naissance d’Émile Zola à Paris
1868–1869
Zola élabore le plan des Rougon-Macquart ; Nana est esquissée comme personnage
1877
Publication de L’Assommoir — roman de Gervaise, mère de Nana. Triomphe de scandale
1876–1878
Premières notes documentaires pour Nana
Août 1878
Rédaction de l’Ébauche — Zola formule sa thèse : « le sexe qui se venge »
1879
Rédaction principale du roman
Oct. 1879 – Fév. 1880
Prépublication en feuilleton dans Le Voltaire
15 Fév. 1880
Publication en volume chez Charpentier — 55 000 exemplaires vendus le premier jour. Record absolu.
1880–1881
Traductions en anglais, allemand, russe, italien. Censure dans plusieurs pays.
1902
Mort d’Émile Zola (asphyxie accidentelle)
1926
Adaptation cinématographique muette par Jean Renoir — avec Catherine Hessling
1955
Adaptation de Christian-Jaque avec Martine Carol
1999
Nana figure dans les grandes références du canon littéraire français classé par Le Monde

Pour aller plus loin

Œuvres de Zola à lire en parallèle
L’Assommoir (1877) — Charpentier / Gallimard-Folio · La mère de Nana, le prolétariat broyé
Germinal (1885) — Charpentier / Gallimard-Folio · La mine, la révolte ouvrière
La Bête humaine (1890) — Charpentier / Gallimard-Folio · La violence et l’hérédité
Le Roman expérimental (1880) — Manifeste du naturalisme
La Curée (1872) — La débauche du Second Empire
Études critiques
Henri Mitterand, Zola, 3 vol. (Fayard, 1999–2002) — biographie de référence
Jean Borie, Zola et les mythes (Seuil, 1971)
Chantal Bertrand-Jennings, L’Éros et la femme chez Zola (1977)
Sandy Petrey, Realism and Revolution (Cornell UP, 1988)
Philippe Hamon, Le Personnel du roman (Droz, 1983)
Œuvres connexes à découvrir
Gustave Flaubert — Madame Bovary (1857) : illusions romantiques et société bourgeoise
Alexandre Dumas fils — La Dame aux camélias (1848) : la courtisane romantique en miroir
Guy de Maupassant — Boule de Suif (1880) : même année, même regard sur la femme du peuple
Honoré de Balzac — Splendeurs et misères des courtisanes (1838–1847) : la grande tradition littéraire
Joris-Karl Huysmans — À rebours (1884) : la décadence du Second Empire vue de l’intérieur
Sources en ligne
Wikisource — texte intégral libre de droits
Gallimard — gallimard.fr
Les Cahiers naturalistes — cahiers-naturalistes.com
BNF Gallica — manuscrits et dossiers documentaires de Zola numérisés

Article rédigé pour Le Déca Littéraire · Sources : Gallimard, Wikisource, Les Cahiers naturalistes, Henri Mitterand, Projet Gutenberg, BNF

La Blonde Vénus et subjugue le Tout-Paris. Encore en activité aujourd’hui, boulevard Montmartre. », »lat »:48.8706, »lng »:2.3447, »type »: »reel », »œuvre »: »Nana », »auteur »: »Émile Zola »}, {« id »: »nana-longchamp », »titre »: »Hippodrome de Longchamp », »description »: »Scène de l’apogée symbolique du roman : la course où le cheval Nana gagne devant toute l’aristocratie parisienne. Lieu réel, toujours en activité au Bois de Boulogne. », »lat »:48.8566, »lng »:2.2358, »type »: »reel », »œuvre »: »Nana », »auteur »: »Émile Zola »}, {« id »: »nana-grand-hotel », »titre »: »Le Grand Hôtel, Paris », »description »: »Chambre où Nana agonise, défigurée par la variole, tandis que la foule crie « À Berlin ! » dans la rue. Aujourd’hui InterContinental Paris Le Grand, place de l’Opéra. », »lat »:48.8719, »lng »:2.3299, »type »: »reel », »œuvre »: »Nana », »auteur »: »Émile Zola »}, {« id »: »nana-boulevard-haussmann », »titre »: »Boulevard Haussmann », »description »: »Adresse de l’appartement initial de Nana, au cœur du Paris haussmannien du Second Empire qu’elle incarne et dévaste. », »lat »:48.8748, »lng »:2.3354, »type »: »reel », »œuvre »: »Nana », »auteur »: »Émile Zola »} ]’ style= »display:none; » aria-hidden= »true »>