Lorenzaccio d’Alfred de Musset — résumé, analyse et thèmes du drame
Lorenzaccio
Alfred de Musset — drame en cinq actes
Dans la Florence des Médicis, Lorenzo se salit pour tuer un tyran, et découvre que son geste ne libère personne : le grand drame romantique du désenchantement politique.
Article complet · Le Déca Littéraire — Drame romantique en prose · Publié dans Un Spectacle dans un fauteuil, 1834
Informations factuelles
| Titre | Lorenzaccio |
|---|---|
| Auteur | Alfred de Musset (1810–1857), poète et dramaturge romantique français |
| Rédaction | Écrite entre l’été 1833 et mars 1834, en pleine liaison tumultueuse avec George Sand |
| Publication | Août 1834, dans Un Spectacle dans un fauteuil (Librairie de la Revue des Deux Mondes) ; repris dans les Comédies et Proverbes (édition Charpentier, 1840) ; texte révisé par Musset en 1853 |
| Pays / langue | France (action en Italie, à Florence) · Langue française |
| Genre | Drame romantique en prose |
| Courant | Romantisme français |
| Structure | 5 actes, en prose · structure éclatée en de nombreuses scènes brèves réparties dans des lieux très variés · distribution considérable (une trentaine d’hommes, 4 femmes, 69 personnages nommés, plus des figurants) |
| Narrateur | Théâtre : pas de narrateur, dialogue dramatique et didascalies |
| Cadre | Florence, XVIᵉ siècle (1536–1537), sous le règne du duc Alexandre de Médicis |
| Dédicace | Aucune dédicace officielle ; publié pour la lecture (« Spectacle dans un fauteuil »), non pour la représentation |
Contexte
Contexte historique et social
Lorenzaccio paraît en août 1834, sous la Monarchie de Juillet, quatre ans après la révolution des Trois Glorieuses (juillet 1830) qui a chassé Charles X mais installé un régime bourgeois jugé décevant par une grande partie de la génération romantique. Le désenchantement politique de cette génération, qui avait espéré une refondation véritable et se retrouve avec un roi-citoyen jugé médiocre, irrigue toute la pièce : le meurtre du tyran Alexandre par Lorenzo n’aboutit à aucune libération réelle de Florence, la ville se contentant d’un nouveau duc, Côme de Médicis, sous tutelle impériale — écho direct des désillusions de 1830.
Contexte biographique
Musset a 23 ans lorsqu’il rédige l’essentiel de Lorenzaccio. Il vit alors sa liaison passionnée et destructrice avec George Sand : départ pour l’Italie et Venise à la fin de 1833, maladie de Musset, liaison de Sand avec le médecin italien Pietro Pagello venu le soigner, rupture douloureuse en mars 1834, retour solitaire de Musset à Paris pendant que Sand reste avec Pagello. Cette blessure intime et ce sentiment de trahison et de dégradation morale infusent le personnage de Lorenzo, déchiré entre son passé idéaliste et son avilissement volontaire.
Genèse de l’œuvre
Avant de rencontrer Musset, George Sand avait rédigé en 1833 Une conspiration en 1537, une « scène historique » en six tableaux tirée de la douzième nouvelle de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre et de la Storia fiorentina de Benedetto Varchi — une chronique florentine écrite en 1547-1548 mais publiée seulement en 1721. Sand offre ce texte à Musset, qui le développe considérablement en un drame de grande ampleur, puisant abondamment et fidèlement dans la chronique de Varchi pour restituer le détail historique, au prix de quelques anachronismes et libertés assumées (notamment la mort immédiate de Lorenzo, alors que le Lorenzino historique survécut onze ans après son crime).
Conditions de publication et accueil initial
Échaudé par l’échec sur scène de sa pièce La Nuit vénitienne, sifflée par le public en 1830, Musset choisit de publier ses drames pour la lecture plutôt que pour la représentation — d’où le titre du recueil, Un Spectacle dans un fauteuil. Lorenzaccio y paraît en août 1834. L’accueil critique de l’époque est partagé : Hippolyte Fortoul en rend compte dans la Revue des Deux Mondes (1ᵉʳ septembre 1834), tandis que Louis de Maynard, dans la Revue de Paris, s’interroge avec ironie sur le statut de ces « comédies qui ne sont pas des comédies » — jugées trop irrégulières dans leur structure, injouables, et développant des passions trop personnelles. La pièce ne sera créée sur scène que 62 ans plus tard.
Place dans l’œuvre de l’auteur
Lorenzaccio est le drame le plus ambitieux de Musset, publié dans Un Spectacle dans un fauteuil aux côtés d’autres pièces plus courtes comme Les Caprices de Marianne (1833) et bientôt suivi de Fantasio et On ne badine pas avec l’amour (1834). C’est l’œuvre théâtrale majeure de l’auteur, unanimement considérée aujourd’hui comme le chef-d’œuvre du théâtre romantique français, aux côtés de Hernani de Victor Hugo.
« Je me suis cru un Brutus, mon pauvre Philippe. »
Alfred de Musset, Lorenzaccio, acte IIIContenu
Résumé bref
Florence, 1536. Le duc Alexandre de Médicis règne en tyran débauché sur la ville. Son cousin Lorenzo, jeune homme jadis pur et idéaliste, s’est volontairement corrompu et avili pour devenir son compagnon de vice et gagner sa confiance, dans le dessein secret de l’assassiner et de rendre à Florence sa liberté. Méprisé de tous, affublé du surnom infamant de « Lorenzaccio », il finit par tuer le duc dans sa propre chambre avec l’aide du spadassin Scoronconcolo. Mais son geste, loin de soulever le peuple, ne débouche sur aucune révolution : un nouveau duc, Côme de Médicis, est aussitôt installé, et Lorenzo, apprenant la mort de sa mère, se laisse traquer et tuer à Venise sans chercher à se défendre.
Résumé détaillé
Acte I — L’exposition d’une tyrannie
Scène nocturne dans un jardin florentin : le duc Alexandre, escorté de Lorenzo et de son écuyer Giomo, attend une jeune fille pour un rendez-vous galant clandestin — premier aperçu de la débauche ducale et du rôle trouble de Lorenzo, entremetteur apparent. Les scènes populaires (marchands, orfèvre, écoliers) dressent le tableau d’une Florence occupée et opprimée sous la garnison impériale. Chez les Cibo, le marquis part en voyage, laissant sa femme aux discrets conseils politiques du cardinal, son frère. On découvre aussi le vieux patricien républicain Philippe Strozzi, figure de vertu et de légalité, et son fils Pierre Strozzi, partisan de l’action violente. Lorenzo, lui, apparaît méprisé de tous, y compris de sa propre famille, qui ignore son dessein secret.
Acte II — Les intrigues se nouent
La marquise Cibo, poussée par le cardinal, devient la maîtresse du duc dans l’espoir illusoire de le détourner de la tyrannie. Pierre Strozzi ne décolère pas depuis que le courtisan Salviati a insulté publiquement sa sœur Louise, à la fin de l’acte I. Lorenzo, en confidence avec sa mère Marie Soderini et sa tante Catherine, laisse entrevoir des fragments de son ancienne noblesse d’âme dans une plainte déchirante sur sa propre déchéance.
Acte III — La confession de Lorenzo
Scène centrale de la pièce (III, 3) : Lorenzo se confie enfin à Philippe Strozzi et lui révèle son plan — il s’est délibérément corrompu pour approcher le duc et le tuer, sans grand espoir que ce geste réveille vraiment Florence. Philippe l’appelle « notre Brutus » ; Lorenzo, sceptique et désabusé, répond qu’il s’est lui aussi « cru un Brutus » autrefois. Parallèlement, Salviati, blessé en duel par Pierre Strozzi, se venge en faisant empoisonner Louise Strozzi, dont la mort scandalise Florence sans provoquer le moindre soulèvement.
Acte IV — Le meurtre
Lorenzo convainc le duc qu’il peut lui procurer un rendez-vous avec sa propre tante, Catherine, dont Alexandre convoite la beauté. Il l’attire ainsi seul, sans garde, dans sa propre chambre. Avec l’aide du spadassin Scoronconcolo, Lorenzo tue le duc endormi (acte IV, scène 9) dans une scène d’une violence crue, longuement préparée. Puis il s’enfuit de Florence, laissant le corps du duc découvert au matin.
Acte V — L’échec politique et la mort de Lorenzo
Le vide politique laissé par la mort du duc est immédiatement comblé : sous la pression du cardinal Cibo et de l’empereur Charles Quint, c’est Côme de Médicis, cousin plus jeune et plus calculateur, qui est proclamé nouveau duc — sans qu’aucun soulèvement populaire n’ait eu lieu. Philippe Strozzi, désabusé, renonce à la lutte ; son fils Pierre part en exil en France. Réfugié à Venise, Lorenzo mène une vie indifférente à son propre sort ; apprenant la mort de sa mère, rongé par le remords et la solitude, il ne cherche plus à se défendre. Il se fait poignarder dans la rue par un émissaire de Côme, et son corps est jeté par la foule dans la lagune — sans même un tombeau.
Incipit et excipit
Incipit : « LE DUC. — Qu’elle se fasse attendre encore un quart d’heure, et je m’en vais. Il fait un froid de tous les diables. / LORENZO. — Patience, altesse, patience. »
La pièce s’ouvre sur une scène nocturne de débauche ordinaire : le duc et Lorenzo guettent la sortie d’une jeune fille pour l’enlever. Le ton badin et cynique de cette ouverture installe d’emblée le rôle ambigu de Lorenzo, entremetteur apparent du vice ducal — masque qui cache son véritable dessein.
Excipit : « PIPPO. — Ne voyez-vous pas tout ce monde ? le peuple s’est jeté sur lui. Dieu de miséricorde ! on le pousse dans la lagune. / PHILIPPE. — Quelle horreur ! quelle horreur ! Eh quoi ! pas même un tombeau ! »
La pièce s’achève non sur la mort de Lorenzo elle-même, qui a lieu hors scène, mais sur l’annonce de son cadavre jeté à l’eau par une foule indifférente — dénouement d’une amertume totale, où même la mémoire du sacrifice est refusée au héros.
Personnages
Personnages principaux
Lorenzo de Médicis (Lorenzaccio) — protagoniste, cousin du duc. Jadis jeune humaniste idéaliste, épris de vertu antique, il s’est délibérément corrompu et avili pour gagner la confiance d’Alexandre et pouvoir l’assassiner. Rongé par la conscience de sa propre déchéance, il doute jusqu’au bout que son crime puisse avoir le moindre effet politique. Son surnom méprisant, « Lorenzaccio », dit à lui seul l’incompréhension de tous envers son projet secret.
Alexandre de Médicis (le duc) — cousin de Lorenzo, duc de Florence, tyran débauché et cynique, protégé par une garnison impériale allemande. Il traite Lorenzo comme son compagnon de plaisirs et son entremetteur, sans jamais soupçonner ses intentions.
Personnages secondaires
Philippe Strozzi — vieux patricien républicain, figure de sagesse et de vertu légaliste, considéré comme l’homme le plus estimable de Florence. Il refuse la violence et croit en la vertu civique, jusqu’à ce que la mort de sa fille l’ébranle.
Pierre (Piero) Strozzi — fils de Philippe, tempérament fougueux, partisan de l’action et de la révolte armée, à l’opposé de la patience de son père.
Louise Strozzi — fille de Philippe, insultée publiquement par Salviati puis empoisonnée par vengeance ; sa mort est l’un des grands scandales moraux de la pièce.
Marie Soderini — mère de Lorenzo, seule à deviner et à pleurer la déchéance morale de son fils ; sa mort, apprise à l’acte V, précipite la fin de Lorenzo.
Catherine Ginori — tante de Lorenzo, convoitée par le duc ; c’est le prétexte d’un rendez-vous avec elle que Lorenzo utilise pour attirer Alexandre dans le piège fatal.
Le cardinal Cibo — prélat manœuvrier, principal artisan de l’accession de Côme de Médicis au pouvoir après la mort du duc.
La marquise Cibo — belle-sœur du cardinal, devient la maîtresse du duc par calcul politique autant que par sentiment, espérant en vain l’amender.
Scoronconcolo — spadassin loué par Lorenzo, complice indifférent et efficace du meurtre du duc.
Côme de Médicis — cousin plus jeune d’Alexandre et de Lorenzo, plus calculateur, installé comme nouveau duc grâce au cardinal Cibo et à l’appui de Charles Quint.
Relations entre personnages
Le drame multiplie les intrigues parallèles qui gravitent toutes autour de la question du pouvoir et de l’action : la voie légaliste de Philippe Strozzi, la voie de la séduction politique de la marquise Cibo, la voie de la violence de Pierre Strozzi, et la voie solitaire et désespérée de Lorenzo, seul à agir jusqu’au bout — et seul à en payer le prix, sans que sa cause en profite.
Analyse
Thèmes majeurs
1. Le désenchantement politique — thème central, directement lié au contexte post-1830 : le tyrannicide de Lorenzo ne débouche sur aucune libération, Florence troquant un tyran contre un autre sous tutelle étrangère. Musset interroge la possibilité même d’une action politique efficace.
2. Le masque et le double — Lorenzo joue un rôle si longtemps et si bien qu’il finit par douter d’avoir conservé une identité authentique sous le masque du débauché. L’opposition entre l’apparence (le vice affiché) et la vérité (le projet secret) structure tout le personnage.
3. La solitude du héros romantique — Lorenzo agit seul, incompris de sa famille, des républicains et du peuple ; son sacrifice n’est reconnu par personne, pas même après sa mort.
4. Le mal nécessaire — la pièce interroge si un crime, même commis dans un but noble, peut se justifier lorsqu’il exige une dégradation morale complète et n’aboutit à aucun bien collectif.
5. La corruption et la débauche — omniprésentes à la cour du duc, elles contaminent jusqu’aux familles les plus vertueuses (le cardinal, la marquise Cibo).
6. Le temps et la mémoire — Lorenzo pleure la perte de son ancien moi pur et idéaliste, qu’il sait ne jamais pouvoir retrouver, même après avoir accompli son dessein.
7. Le mélange des tons — tragique, grotesque et lyrique s’entremêlent constamment, des scènes de peuple bouffonnes aux monologues déchirants de Lorenzo, traduisant un monde désordonné et absurde.
Analyse stylistique
Musset rompt avec les unités classiques de temps et de lieu : l’action, répartie sur plusieurs mois, se déplace sans cesse entre palais, rues, jardins et chambres de Florence, dans une structure éclatée en scènes très nombreuses et parfois très brèves. Écrite en prose et non en vers, la pièce alterne les registres avec une liberté totale — dialogues cyniques de cour, tirades lyriques de Lorenzo, scènes populaires savoureuses — et emprunte une grande partie de sa matière, presque mot pour mot par endroits, à la chronique de Benedetto Varchi, ce qui lui donne une densité historique rare pour un drame romantique.
Symbolique et motifs récurrents
- Le masque et le travestissement : le duc lui-même se déguise en religieuse pour ses rendez-vous clandestins, redoublant le motif du déguisement moral de Lorenzo
- La nuit et le clair de lune : cadre de la plupart des scènes de vice et de complot
- Le poignard : instrument du meurtre, mais aussi de la propre mort de Lorenzo
- Le nom « Lorenzaccio » : stigmate social qui résume à lui seul le regard faussé du peuple sur le héros
- La lagune : dernière image de la pièce, absorbant le corps de Lorenzo sans sépulture ni mémoire
Portée politique et philosophique
Lorenzaccio met en scène l’échec de l’action politique individuelle : le tyrannicide, acte suprême et sacrificiel, ne produit aucun changement réel, la structure du pouvoir se perpétuant sous une autre figure. Musset y exprime un pessimisme radical, proche du constat de l’absurdité de l’Histoire : agir avec courage et lucidité ne garantit ni la réussite ni même la reconnaissance, et le monde continue son cours indifférent au sacrifice du héros.
Interprétations et lectures critiques
- Critique contemporaine (1834) : Hippolyte Fortoul et Louis de Maynard saluent l’ambition de l’œuvre tout en s’interrogeant sur son statut théâtral, la jugeant trop irrégulière et injouable
- Lecture psychologique : Lorenzo est souvent lu comme une préfiguration du « héros du doute », proche d’un Hamlet français, paralysé par la conscience de l’inutilité probable de son geste
- Lecture de genre : la création du rôle par Sarah Bernhardt en 1896 a durablement associé Lorenzo à une ambiguïté sexuelle et à une forme d’androgynie, reprise par la suite dans plusieurs mises en scène
- Lecture postromantique : la pièce est relue au XXe siècle comme une méditation sur l’échec de toute révolution, en résonance avec les désillusions politiques successives (1848, XXe siècle)
Comparaisons avec d’autres œuvres
- Hamlet de Shakespeare (1603) : même figure du prince mélancolique, paralysé par le doute avant l’action, feignant la folie ou le vice pour dissimuler son projet
- Hernani de Victor Hugo (1830) : l’autre grand manifeste du drame romantique français, publié quatre ans plus tôt
- Le Prince de Machiavel (1532) : même interrogation sur la fin qui justifierait les moyens en politique
- Cinna de Corneille (1641) : autre conspiration contre un souverain, mais dénouée par la clémence plutôt que par le meurtre
- Une conspiration en 1537 de George Sand (1833) : le texte source, beaucoup plus bref et concentré, dont Musset a repris la trame en la développant considérablement
Réception et postérité
Critique de l’époque vs regard contemporain
En 1834, la pièce déconcerte une partie de la critique : sa structure jugée informe, son immense distribution et ses nombreux changements de lieux la font passer pour une œuvre de lecture, injouable en l’état. Aujourd’hui, Lorenzaccio est unanimement considérée comme l’un des sommets, sinon LE sommet, du théâtre romantique français, régulièrement inscrite aux programmes scolaires et aux concours des classes préparatoires.
Prix et distinctions
Lorenzaccio n’a reçu aucun prix lors de sa publication — la notion de prix littéraire n’existait pas encore sous cette forme — mais son statut de chef-d’œuvre s’est construit progressivement au fil des rééditions et des mises en scène du XXe siècle, jusqu’à devenir une référence incontournable du répertoire classique français.
Adaptations
Théâtre :
- Création posthume le 3 décembre 1896 au Théâtre de la Renaissance, dans une adaptation en cinq actes et un épilogue d’Armand d’Artois, avec Sarah Bernhardt dans le rôle-titre de Lorenzo — affiche restée célèbre d’Alphonse Mucha
- Mise en scène de Gaston Baty au Théâtre Montparnasse (1945)
- Mise en scène de Jean Vilar au Théâtre National Populaire (1952), avec Gérard Philipe dans le rôle de Lorenzo — l’une des productions les plus marquantes du XXe siècle
- Adaptation télévisée (1976) avec Francis Huster (Lorenzo) et Louis Seigner (Philippe Strozzi)
- Mises en scène plus récentes, notamment celles de Catherine Marnas (2017) et de David Bobée, d’après Sand et Musset (2026)
Cinéma : Lorenzaccio (1951), film italien consacré à la vie de Lorenzino de Médicis
Citations célèbres
« Je me suis cru un Brutus, mon pauvre Philippe. » — Lorenzo, Acte III, scène 3
« Si je te comprends bien, tu as pris, dans un but sublime, une route hideuse, et tu crois que tout ressemble à ce que tu as vu. » — Philippe à Lorenzo, Acte III, scène 3
« Que le vent du soir est doux et embaumé ! […] Ô nature magnifique, ô éternel repos ! » — Lorenzo, juste après le meurtre du duc, Acte IV
« Dieu de miséricorde ! on le pousse dans la lagune. » — Pippo annonçant la mort de Lorenzo, Acte V, scène 7
Pour aller plus loin
Anecdotes
- Musset ne destinait pas sa pièce à la scène : elle ne sera jouée pour la première fois que 62 ans après sa publication, et 39 ans après la mort de l’auteur.
- Historiquement, Lorenzino de Médicis (le vrai « Lorenzaccio ») ne meurt pas juste après son crime : il s’enfuit et vit encore onze ans, avant d’être assassiné à Venise en 1548 sur ordre de Côme de Médicis. Musset choisit de resserrer le destin de son héros pour intensifier le drame.
- Le rôle de Lorenzo, créé par une femme (Sarah Bernhardt) en 1896, sera ensuite porté par de grands acteurs comme Gérard Philipe et Francis Huster — signe de l’ambiguïté et de l’androgynie durablement attachées au personnage.
- Le suffixe italien péjoratif « -accio » (« Lorenzaccio » = « le sale Lorenzo », « le mauvais Lorenzo ») résume à lui seul le mépris populaire qui frappe le héros avant que son projet ne soit connu.
Le saviez-vous ?
- Le texte doit énormément à Une conspiration en 1537 de George Sand, resté longtemps dans l’ombre du chef-d’œuvre de Musset
- La première mise en scène de 1896 a presque entièrement supprimé l’acte V, jugé « inessentiel » — une tradition de coupes qui perdurera dans de nombreuses productions ultérieures
- Musset a repris certains passages de la chronique de Varchi presque mot pour mot, donnant à son drame une exactitude historique inhabituelle pour l’époque
- La pièce compte 69 personnages nommés, un record pour le théâtre romantique, qui explique en partie pourquoi elle fut si longtemps jugée injouable
Quiz — Connaissez-vous Lorenzaccio ?
- Quel surnom méprisant le peuple donne-t-il à Lorenzo ? (Lorenzaccio)
- Qui a écrit le texte qui a inspiré Musset ? (George Sand, *Une conspiration en 1537, 1833)*
- Qui aide Lorenzo à tuer le duc ? (Le spadassin Scoronconcolo)
- Qui devient duc de Florence après la mort d’Alexandre ? (Côme de Médicis)
- Quelle nouvelle pousse Lorenzo à se laisser tuer sans résister, à Venise ? (La mort de sa mère, Marie Soderini)
- Quelle actrice a créé le rôle de Lorenzo en 1896 ? (Sarah Bernhardt)
- Dans quel recueil Lorenzaccio est-il publié en 1834 ? (*Un Spectacle dans un fauteuil)*
Questions de réflexion et sujets de dissertation
- Lorenzo est-il un héros ou un homme brisé par sa propre stratégie ?
- Le tyrannicide peut-il se justifier lorsqu’il n’aboutit à aucun changement politique réel ?
- En quoi Lorenzaccio est-il une pièce sur l’échec de l’action plutôt que sur l’action elle-même ?
- Que signifie l’expression « spectacle dans un fauteuil » pour l’histoire du théâtre ?
- Comparez la figure de Lorenzo à celle d’Hamlet.
- Dans quelle mesure Lorenzaccio reflète-t-il les désillusions politiques de la génération de 1830 ?
Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| Drame romantique | Genre théâtral né avec le romantisme, qui rejette les unités classiques de temps et de lieu et mêle les registres tragique, comique et lyrique. |
| Spectacle dans un fauteuil | Titre du recueil où parut Lorenzaccio : désigne un théâtre conçu pour la lecture plutôt que pour la représentation. |
| Tyrannicide | Meurtre d’un tyran, présenté ici comme un acte politique aussi nécessaire qu’inefficace. |
| Spadassin (bravo) | Homme de main loué pour exécuter des assassinats, comme Scoronconcolo dans la pièce. |
| Lorenzaccio (suffixe « -accio ») | Suffixe péjoratif italien signifiant « sale » ou « mauvais », accolé au prénom Lorenzo pour marquer le mépris populaire. |
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1514 | Naissance de Lorenzino de Médicis, le « Lorenzaccio » historique |
| 6-7 janvier 1537 | Assassinat historique d’Alexandre de Médicis par son cousin Lorenzino |
| 1547-1548 | Rédaction de la Storia fiorentina de Benedetto Varchi (publiée seulement en 1721) |
| 1548 | Assassinat de Lorenzino de Médicis à Venise, onze ans après son crime |
| 1833 | George Sand écrit Une conspiration en 1537 ; début de sa liaison avec Musset et départ pour l’Italie |
| 1833-1834 | Rédaction de Lorenzaccio par Musset |
| Mars 1834 | Rupture de Musset et Sand à Venise |
| Août 1834 | Publication dans Un Spectacle dans un fauteuil |
| 1840 | Reprise dans les Comédies et Proverbes (édition Charpentier) |
| 1853 | Édition révisée par Musset |
| 1857 | Mort d’Alfred de Musset |
| 3 décembre 1896 | Création posthume au Théâtre de la Renaissance, avec Sarah Bernhardt (adaptation Armand d’Artois) |
| 1945 | Mise en scène de Gaston Baty au Théâtre Montparnasse |
| 1952 | Mise en scène de Jean Vilar au TNP, avec Gérard Philipe dans le rôle de Lorenzo |
| 1976 | Adaptation télévisée avec Francis Huster (Lorenzo) et Louis Seigner (Philippe Strozzi) |
Bibliographie et sources
Œuvres de Musset à lire en parallèle
- Les Caprices de Marianne (1833) — Gallimard
- Fantasio (1834) — Gallimard
- On ne badine pas avec l’amour (1834) — Gallimard
- La Confession d’un enfant du siècle (1836) — Gallimard
Études et sources
- George Sand, Une conspiration en 1537 (1833) — le texte source
- Benedetto Varchi, Storia fiorentina (écrite 1547-1548, publiée 1721)
- Paul Dimoff, La Genèse de Lorenzaccio (1936)
Sources en ligne
- Wikipédia — Lorenzaccio
- Théâtre classique — texte intégral
- BnF Essentiels — Lorenzaccio
- Wikisource — Lorenzaccio
Œuvres connexes à découvrir
- Victor Hugo — Hernani (1830) : l’autre pilier fondateur du drame romantique français
- William Shakespeare — Hamlet (1603) : le prince mélancolique paralysé par le doute et l’action différée
- George Sand — Une conspiration en 1537 (1833) : le texte source de la pièce
- Alfred de Musset — On ne badine pas avec l’amour (1834) : autre drame de la désillusion sentimentale
- Albert Camus — Les Justes (1949) : un autre tyrannicide moralement questionné
- Nicolas Machiavel — Le Prince (1532) : la question de la fin qui justifierait les moyens en politique
Article rédigé pour Le Déca Littéraire · Sources : **Théâtre-classique.fr, Wikipédia, BnF Essentiels, Wikisource, Lettres volées
