La Nausée de Jean-Paul Sartre — résumé, analyse et thèmes existentialistes
La Nausée de Jean-Paul Sartre — résumé, analyse et thèmes existentialistes
« De trop, le marronnier, là en face de moi un peu sur la gauche. De trop, la Velléda. Et moi — veule, alangui, obscène, digérant, ballottant de mornes pensées — moi aussi j’étais de trop. »
Fiche technique
L’essentiel de l’œuvre
Contexte
De Bouville à Berlin — la genèse d’un livre fondateur
Contexte historique et social
La Nausée est publiée en 1938, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans une Europe traversée par la montée des fascismes, la crise économique héritée de 1929, et l’effondrement des certitudes idéologiques. La fiction se déroule, elle, en janvier–février 1932 : Roquentin vit à Bouville dans l’entre-deux-guerres, dans une ville bourgeoise de province marquée par l’hypocrisie sociale et le conformisme. La montée des régimes autoritaires est évoquée en creux ; l’Autodidacte, personnage secondaire, a survécu aux horreurs de la Première Guerre mondiale dans un camp de prisonniers en 1917.
L’époque est celle d’une profonde remise en question des valeurs bourgeoises, du positivisme et du rationalisme triomphant du XIXᵉ siècle. Sartre, nourri de Husserl et de Heidegger, construit avec La Nausée le premier grand roman de la phénoménologie française : une mise en récit de la conscience aux prises avec le monde brut, opaque, irréductible.
Contexte biographique
En 1931, Sartre, âgé de 26 ans, est nommé professeur de philosophie au lycée du Havre. Cette ville portuaire de province, qu’il trouvera grise, ennuyeuse, étouffante, deviendra le modèle de Bouville — littéralement « la ville de boue ». C’est dans cet environnement qu’il commence à écrire Melancholia, brouillon de La Nausée.
En 1933–1934, grâce à une bourse, Sartre part étudier à l’Institut français de Berlin, où il découvre la phénoménologie de Husserl et l’ontologie de Heidegger. Cette rencontre décisive transforme profondément sa pensée et le conduit à reformuler entièrement son projet romanesque : il ne s’agit plus seulement de décrire un état dépressif, mais de mettre en scène une expérience philosophique fondamentale — la révélation de la contingence de l’existence.
Simone de Beauvoir, sa compagne intellectuelle et affective, joue un rôle crucial dans la genèse de l’œuvre : elle relit les brouillons, encourage la rédaction et pousse Sartre à soumettre le manuscrit à Gallimard. Le roman lui est dédié — « au Castor », surnom qu’il lui donne.
Genèse de l’œuvre
Les premières notes apparaissent vers 1931 sous le titre provisoire Melancholia. Le texte initial est plus sombre, plus clinique, plus proche d’une pathologie psychiatrique. Au fil de ses lectures berlinoises (Husserl, Heidegger) et de ses conversations avec Simone de Beauvoir, Sartre philosophise et structure le malaise de Roquentin en révélation ontologique.
Le manuscrit est remis à Gaston Gallimard qui le refuse dans un premier temps, jugeant le texte trop hermétique et sans intrigue. Sartre tombe alors dans une dépression. C’est le philosophe Jean Paulhan, directeur littéraire de la NRF, qui convainc Gallimard de publier le roman — à condition d’en changer le titre. Melancholia devient La Nausée, titre jugé plus évocateur et moins clinique.
Le titre Melancholia est une référence au célèbre tableau d’Albrecht Dürer (1514), qui représente une figure ailée plongée dans un état de torpeur mélancolique entourée d’instruments inutiles — image parfaite du roman.
Conditions de publication et accueil initial
La Nausée paraît en 1938 chez Gallimard et reçoit immédiatement un accueil critique favorable dans les milieux intellectuels parisiens. Henri Magnan salue l’œuvre dans la presse littéraire ; Albert Camus et Simone de Beauvoir reconnaissent dans le roman une rupture esthétique et philosophique majeure ; Gaëtan Picon analyse la dimension existentielle de l’œuvre. En 1950, La Nausée est incluse dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle.
Le roman est d’abord perçu comme un texte difficile, sans intrigue au sens traditionnel, déroutant pour un lectorat habitué aux romans de mœurs. Mais progressivement, à mesure que l’existentialisme s’impose comme courant dominant de la pensée française des années 1940–1950, La Nausée est reconnu comme son œuvre fondatrice en littérature.
Place dans l’œuvre de Sartre
La Nausée est le premier roman publié de Sartre. Il inaugure une œuvre colossale qui traverse tous les genres :
- La Nausée (roman, 1938) — la révélation ontologique par la fiction
- Le Mur (nouvelles, 1939) — cinq récits existentiels
- L’Être et le Néant (essai philosophique, 1943) — la fondation théorique de l’existentialisme
- Huis Clos (théâtre, 1944) — « L’enfer, c’est les autres »
- Les Chemins de la liberté (trilogie romanesque, 1945–1949) — la liberté et l’engagement
Suivront Les Mots (autobiographie, 1964), Critique de la raison dialectique (1960), et des décennies d’engagement politique.
Résumé
L’existence, nue et de trop
Résumé détaillé
L’installation du malaise
Le roman s’ouvre sur une note fictive d’un éditeur anonyme présentant le journal d’Antoine Roquentin, trouvé dans ses papiers. Ce cadre éditorial établit la forme diariste et installe une distance ironique. Dans les premières entrées, Roquentin note une gêne inexplicable en ramassant un galet sur la plage. Il ne peut plus saisir les objets naturellement — quelque chose a changé dans son rapport au monde. Il vit seul, sans attaches, dans un hôtel miteux de Bouville. Il travaille à sa biographie de Rollebon à la bibliothèque municipale et fréquente le café La Madeleine, tenu par Françoise.
Le déploiement de la Nausée
La Nausée surgit d’abord devant les objets — une poignée de porte, les bretelles violettes d’un garçon de café, une banquette de tramway. Ces objets perdent leur familiarité ; ils imposent leur présence brute, massive, injustifiée.
« Les objets, cela ne devrait pas toucher, puisque cela ne vit pas. On s’en sert, on les remet en place, on vit au milieu d’eux : ils sont utiles, rien de plus. Et moi, ils me touchent, c’est insupportable. »
Antoine Roquentin, La NauséeAu musée de Bouville, Roquentin contemple les portraits des notables locaux — les Salauds, ces bourgeois qui croient exister de plein droit, par leur statut social, leur fonction, leurs certitudes. Cette scène est la démonstration sartrienne de la mauvaise foi : vivre en niant sa propre liberté et contingence.
La scène de la racine de marronnier
Moment culminant du roman. Dans le jardin public, face à la racine d’un marronnier, Roquentin est frappé par une révélation totale : l’existence est de trop — l’expression revient comme un leitmotiv. La racine est là, noire, dure, irréductible à tout concept.
« L’existence n’est pas quelque chose qui se laisse penser de loin : il faut que ça vous envahisse brusquement, que ça s’arrête sur vous, que ça pèse lourd sur votre cœur comme une grosse bête immobile — ou alors il n’y a plus rien du tout. »
Antoine Roquentin, La NauséeLa rencontre avec Anny
Roquentin apprend qu’Anny, son ancienne maîtresse qu’il n’a pas vue depuis quatre ans, est de passage à Paris. Il la retrouve dans sa chambre d’hôtel. Anny lui révèle qu’elle a renoncé à ses « moments parfaits » — ces instants qu’elle cherchait autrefois à rendre absolus, nécessaires, contre la contingence. Elle aussi a touché le fond de l’absurde, mais sa réponse est le retrait, la résignation esthétique. Leur rencontre est une confrontation de deux solitudes qui ne peuvent plus se rejoindre.
Le dénouement — La musique et l’écriture
De retour à Bouville, Roquentin abandonne définitivement sa biographie de Rollebon — il ne peut plus écrire sur un mort pour échapper à sa propre existence. Dans le café, il écoute pour la dernière fois son disque favori : Some of these days, chanté par une voix de femme noire. La musique — qui n’existe pas, qui est pure nécessité sonore — lui révèle une possible issue : si quelqu’un a écrit cette chanson, alors peut-être que lui aussi pourrait créer quelque chose de nécessaire.
« Un livre. Un roman. »
Roquentin quitte Bouville.
Incipit et excipit
« La meilleure chose serait d’écrire les événements au jour le jour. Tenir un journal pour y voir clair. Ne pas laisser échapper les nuances, les petits faits, même s’ils paraissent sans importance, et surtout les classer. »
La mise en abyme est immédiate : un homme commence à écrire pour comprendre ce qui lui arrive. L’écriture comme instrument de lucidité — et comme remède provisoire à la Nausée.
« Demain il pleuvra sur Bouville. […] Je suis seul dans la rue blanche et propre. Si pure, si nette — dans une ville morte. […] Je pense que je vais aller à Paris. »
Le départ de Roquentin n’est pas une victoire sur la Nausée, mais une décision de vivre en la sachant : écrire un roman comme seul geste de nécessité dans un monde contingent.
Personnages
Galerie de figures existentielles
Personnages principaux
Historien d’une trentaine d’années, sans famille, sans attaches, sans projet de vie clairement formulé. Il a voyagé (Indochine, Afrique du Nord), a eu une liaison avec Anny, et s’est installé à Bouville pour terminer sa biographie de Rollebon. Sa particularité : une hyper-conscience phénoménologique qui le rend incapable de passer les objets et les êtres en transparence. Là où les autres voient un galet, une poignée de porte, une racine d’arbre, Roquentin voit l’existence nue, injustifiée. Sartre a reconnu en lui une large part autofictionnelle.
Elle représente la tentation de l’esthétisme comme réponse à la contingence : elle cherchait à construire des « moments parfaits », des instants sublimés par la forme. Elle a renoncé à cette quête. Son retrait mélancolique contraste avec la décision finale de Roquentin. Comme Meursault et Marie chez Camus, elle incarne la figure de l’amour impossible dans un monde sans fondement.
Personnages secondaires
Il lit tous les livres de la bibliothèque dans l’ordre alphabétique. Il symbolise la foi humaniste — croyance naïve en l’humanité, en le progrès, en la culture comme salut. Sartre le ridiculise doucement mais le montre aussi comme une figure tragique : sa foi est une illusion, mais une illusion nécessaire. Il sera chassé de la bibliothèque dans une scène humiliante à la fin du roman.
Roquentin boit son verre de bière quotidien dans son café. Elle représente l’existence routinière, sans réflexion, sans Nausée — le monde des existences automatiques.
Aventurier du XVIIIᵉ siècle sur lequel Roquentin travaille. Il n’apparaît qu’à travers les archives. Son abandon symbolise le renoncement à l’histoire comme refuge contre la contingence : le passé lui-même n’a pas plus de nécessité que le présent.
Leurs portraits au musée incarnent la figure du Salaud sartrienne : des hommes qui se sont crus nécessaires, qui ont cru mériter leur existence. Sartre en fait une satire acérée de la bourgeoisie provinciale et de la mauvaise foi institutionnalisée.
Relations entre personnages
Le schéma relationnel est délibérément clairsemé. Roquentin n’a pas de liens forts : son rapport à l’Autodidacte est une amitié distante et ironique, sa relation avec Françoise se borne à la transaction commerciale du verre quotidien, et sa retrouvaille avec Anny tourne court. Sartre construit un roman de la solitude radicale — non par pathos mais par nécessité philosophique : seul face au monde, Roquentin ne peut pas se diluer dans les relations pour fuir la Nausée.
Analyse
Une révélation philosophique en forme de roman
Thèmes majeurs
1. La contingence
Thème central. L’existence de Roquentin — et de tout être — n’est pas nécessaire. Rien ne la justifie, ni Dieu, ni la nature, ni la raison. La racine du marronnier est là, simplement là, sans raison d’être. Cette découverte est la Nausée dans sa forme la plus pure. Sartre oppose l’être-en-soi (les choses, les objets) à l’être-pour-soi (la conscience humaine), seule réalité capable de se poser la question de son existence.
2. La mauvaise foi
Les Salauds, les bourgeois de Bouville, vivent en niant leur propre contingence. Ils se croient nécessaires, fondés, justifiés par leur fonction sociale ou leur passé. Cette auto-mystification est ce que Sartre appellera dans L’Être et le Néant la mauvaise foi : fuir la liberté en se prenant pour une chose déterminée.
3. Le temps et la mémoire
Roquentin, historien, est particulièrement sensible à la dissolution du passé. Le présent seul existe — mais de façon insupportable. Le passé n’est pas plus solide que le présent : Rollebon, figure historique, se dérobe à toute saisie certaine. L’histoire elle-même est contingente.
4. L’art comme nécessité
La chanson Some of these days représente la seule forme d’existence non contingente que Roquentin entrevoit : une mélodie existe de façon nécessaire, au-delà du disque qui peut se rayer, de la voix qui peut mourir. L’art crée de la nécessité dans un monde contingent. C’est cette intuition qui motive la décision finale d’écrire un roman.
5. Le regard et l’autre
La scène du musée anticipe la réflexion de Sartre dans Huis Clos sur le regard d’autrui. Les portraits des notables imposent leur regard au visiteur ; Roquentin se sent regardé, jugé, catalogué. L’autre est toujours une menace à la liberté du pour-soi.
6. Le corps
La Nausée est d’abord une expérience corporelle. Le malaise monte du corps, des mains, de la gorge, du ventre. Sartre fait de la phénoménologie du corps un vecteur de la révélation ontologique : c’est par la sensorialité que Roquentin accède à l’existence brute.
Analyse stylistique
La Nausée adopte la forme du journal intime — ce qui lui confère une immédiateté, une fragmentation, une discontinuité qui sont elles-mêmes des manifestations de la Nausée. Les entrées sont datées mais irrégulières, parfois réduites à quelques lignes, parfois développées en longues méditations.
Le style de Sartre oscille entre deux registres : d’une part, un enregistrement phénoménologique — description minutieuse, presque clinique, des perceptions sensorielles (couleurs, textures, sons, odeurs), influencée par Husserl ; d’autre part, une irruption de l’informe : quand la Nausée atteint son comble, le langage se dérègle, les métaphores s’effondrent, les mots semblent incapables de nommer l’existence nue.
On note également un usage fréquent du présent de l’indicatif (rare dans le roman français de l’époque), qui donne à l’écriture une urgence, une proximité avec l’expérience vécue. La phrase est souvent courte, factuelle, puis bascule dans la méditation longue.
Symbolique et motifs récurrents
- La racine de marronnier : symbole fondamental de l’existence brute, injustifiée, irréductible à tout concept
- Le galet : premier objet déclencheur de la Nausée — lisse, froid, étrange dans la main
- Le disque (Some of these days) : symbole de nécessité artistique, seule issue possible
- Bouville : ville fictive inspirée du Havre, symbole de la médiocrité bourgeoise et de la mauvaise foi collective
- Le journal : écriture comme tentative de maîtrise — et aveu de son impossibilité
- Les portraits du musée : galerie des Salauds, figures de la mauvaise foi institutionnalisée
- La bibliothèque : espace du savoir humaniste — mais savoir impuissant face à la Nausée
Portée philosophique
La Nausée est la mise en fiction de ce que Sartre formalisera cinq ans plus tard dans L’Être et le Néant (1943). Le roman démontre par l’expérience ce que l’essai démontre par le concept :
- L’existence précède l’essence : Roquentin découvre qu’il n’y a pas de nature humaine prédéfinie, pas d’essence qui justifierait notre présence dans le monde
- La liberté absolue et angoissante : sans essence préalable, l’homme est « condamné à être libre » — formule que Sartre n’emploie pas encore dans le roman, mais que La Nausée préfigure
- L’authenticité : face aux Salauds de la mauvaise foi, Roquentin représente la figure de l’homme authentique — celui qui assume sa contingence sans la fuir
Interprétations et lectures critiques
- Simone de Beauvoir : dans La Force de l’âge (1960), elle retrace la genèse du roman et l’importance de leurs échanges dans son élaboration
- Maurice Merleau-Ponty : rapproche La Nausée d’une phénoménologie du corps et de la perception, soulignant son dialogue souterrain avec Husserl
- Roland Barthes : identifie dans le style de Sartre une « écriture engagée » bien distincte de l’écriture blanche camusienne
- Fredric Jameson : dans Sartre : The Origins of a Style (1961), analyse la structure narrative et le rapport au temps dans le roman
- Annie Cohen-Solal : dans sa biographie Sartre (1985), contextualise finement la genèse du roman dans les années haveaises
- Critiques psychanalytiques : ont longtemps lu La Nausée comme la mise en scène d’un épisode dépressif de Sartre — lecture que Sartre lui-même a toujours rejetée
Comparaisons avec d’autres œuvres
Réception et postérité
D’un succès d’estime à l’œuvre culte mondiale
Critique de l’époque et regard contemporain
En 1938, La Nausée est saluée par les milieux intellectuels mais reste un succès d’estime. Le grand public n’est pas encore prêt pour un roman sans intrigue, sans amour conventionnel, sans héros actif. C’est la Libération et le triomphe de l’existentialisme (1944–1950) qui font de La Nausée un livre culte : étudiant·es et intellectuel·les du monde entier y trouvent l’expression exacte d’une désorientation face à un monde sans Dieu, sans valeurs fixes, ravagé par la guerre.
En 1950, le roman est couronné par le Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle. Traduit en plus de 40 langues, il devient une référence mondiale de la littérature philosophique. Aujourd’hui, il figure au programme de nombreuses universités et classes préparatoires en Europe, en Amérique du Nord et au Japon.
Prix et distinctions
La Nausée ne reçoit pas de prix lors de sa publication. Mais Jean-Paul Sartre se voit décerner le Prix Nobel de Littérature en 1964 — qu’il refuse, premier auteur à le faire, au nom de son refus de toute institutionnalisation. Le comité Nobel avait expressément cité La Nausée parmi les œuvres fondatrices de son œuvre. En 1950, le roman figure dans la liste du Grand prix des Meilleurs romans du demi-siècle.
Adaptations
Théâtre
Plusieurs adaptations scéniques en Europe et en Amérique du Nord, notamment en Allemagne et aux États-Unis, souvent sous forme de monologue ou de lecture dramatisée. La Royal Shakespeare Company a monté une version en anglais acclamée par la critique.
Cinéma et audiovisuel
Le roman a inspiré des œuvres cinématographiques thématiquement proches, mais aucune adaptation directe majeure n’a été réalisée à ce jour — sa forme diariste et introspective a découragé les cinéastes. Des documentaires sur Sartre (notamment Sartre par lui-même, 1976) consacrent d’importants passages à La Nausée.
Musique
Some of these days, la chanson qui joue un rôle clé dans le roman, est une vraie chanson populaire américaine des années 1910, composée par Shelton Brooks en 1910 et popularisée par Sophie Tucker. Sa présence dans La Nausée lui a conféré une dimension philosophique inédite — elle est devenue, dans la culture européenne, une métaphore de l’art comme nécessité. Des compositeurs contemporains se sont inspirés du roman pour des œuvres de musique de chambre.
Influence littéraire
L’influence de La Nausée sur la littérature mondiale est immense : les romans du Nouveau Roman français (Robbe-Grillet, Butor, Sarraute) en sont des héritiers directs dans leur exploration de la conscience face aux objets. La littérature latino-américaine, africaine et japonaise des années 1960–1970 a largement absorbé les thèmes sartriens de la contingence et de la liberté.
Citations célèbres
« J’existe. C’est doux, si doux, si lent. Et léger : on dirait que ça tient en l’air tout seul. Ça se déplace. Ce sont des effleurements partout qui fondent et s’évanouissent. »
Antoine Roquentin, La Nausée« De trop, le marronnier, là en face de moi un peu sur la gauche. De trop, la Velléda. Et moi — veule, alangui, obscène, digérant, ballottant de mornes pensées — moi aussi j’étais de trop. »
Antoine Roquentin, La Nausée« L’essentiel c’est la contingence. Je veux dire que, par définition, l’existence n’est pas la nécessité. »
Antoine Roquentin, La Nausée« Tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre. »
Antoine Roquentin, La NauséePour aller plus loin
Anecdotes et curiosités
Anecdotes
Le saviez-vous ?
Quiz
Connaissez-vous La Nausée ?
Questions de connaissance
Questions de réflexion et sujets de dissertation
- En quoi la forme diariste de La Nausée est-elle elle-même une performance philosophique ?
- Roquentin est-il un fou ou un visionnaire ?
- Qu’est-ce que la Nausée révèle sur notre rapport ordinaire aux objets et au monde ?
- En quoi les « Salauds » de Bouville illustrent-ils le concept sartriens de mauvaise foi ?
- Comparez la figure de Roquentin avec celle de Meursault dans L’Étranger de Camus.
- L’art peut-il vraiment répondre à la contingence de l’existence ?
- En quoi La Nausée préfigure-t-elle les thèses de L’Être et le Néant ?
Glossaire
Les concepts clés de La Nausée
Chronologie
De la naissance de Sartre au rayonnement mondial
Bibliographie
Pour prolonger la lecture
Œuvres de Sartre à lire en parallèle
- Le Mur (1939) — Gallimard — cinq nouvelles existentielles, dont Le Mur (condamnés à mort) et La Chambre
- L’Être et le Néant (1943) — Gallimard — la fondation théorique de l’existentialisme
- Huis Clos (1944) — Gallimard — « L’enfer, c’est les autres »
- L’Existentialisme est un humanisme (1945) — Nagel
- Les Mots (1964) — Gallimard — autobiographie
Études critiques
- Simone de Beauvoir, La Force de l’âge (1960)
- Fredric Jameson, Sartre : The Origins of a Style (1961)
- Annie Cohen-Solal, Sartre (1985) — Gallimard
- Bernard-Henri Lévy, Le Siècle de Sartre (2000)
- Denis Bertholet, Sartre (2000) — Plon
Œuvres connexes à découvrir
- Jean-Paul Sartre — Le Mur (1939) : cinq nouvelles existentielles
- Jean-Paul Sartre — Huis Clos (1944) : « L’enfer, c’est les autres »
- Albert Camus — L’Étranger (1942) : le miroir absurde de La Nausée
- Albert Camus — Le Mythe de Sisyphe (1942) : même question, réponse différente
- Franz Kafka — Le Procès (1925) : une autre opacité du monde
- Samuel Beckett — En attendant Godot (1952) : l’attente comme réponse à la contingence
- Simone de Beauvoir — L’Invitée (1943) : l’existentialisme au féminin
Sources en ligne
- Wikipédia — La Nausée
- La-philosophie.com — Sartre : La Nausée
- Cours-et-fiches.com — La Nausée, analyse complète
- Britannica — Nausea, novel by Sartre
